Avis du Comets sur le libre accès aux publications scientifiques ("open access")

Depuis son installation le 21 juin 2011, le nouveau Comité d’éthique du CNRS (COMETS), présidé par la physicienne Michèle Leduc, s’est saisi de plusieurs questions majeures dans la vie de la recherche.

En date du 29 juin 2012, les membres du COMETS ont ainsi adopté un avis  sur «le libre accès aux publication scientifiques (« open access ») ». Ce texte fait suite à un avis formulé en 2011 portant sur « les relations entre chercheurs et maisons d’édition scientifique ». Afin de compléter ce paysage, le COMETS prépare un avis sur l’accès aux grandes masses de données, à paraître prochainement.

Parallèlement, le Comité d’éthique du CNRS a inscrit dans son programme de travail un ensemble d’avis relatifs à l’évolution des missions des chercheurs et des enseignants-chercheurs, avec un volet sur l’évaluation, incluant le rôle de la bibliométrie. Ces textes devraient être publiés en 2012.

 

CNRS hebdo : Pourquoi le COMETS s’est il penché sur la question de « l’open access » ?

Michèle           Leduc - © Dars /Papillault Michèle Leduc : Cette question est, dans le monde de la recherche et à un niveau international, d’une brûlante actualité. Un mouvement de contestation est né aux États-Unis, qui donne lieu à pétitions et controverses.

Pourquoi ? De plus en plus de chercheurs considèrent que les grands éditeurs scientifiques font payer trop cher les abonnements aux bibliothèques scientifiques, alors que les chercheurs eux mêmes réalisent une grande partie du travail. Je pense en particulier à l’évaluation par les pairs (« peer review »). Ce système éditorial s’avère d’autant plus injuste que certains éditeurs sont en situation de monopole.

À l’inverse, la libre publication sur Internet par les chercheurs n’est pas optimale. Cette édition que l’on appelle en « open access gold », en constante augmentation ces dernières années, est également payante. C’est le modèle « auteur-payeur » . Chaque article peut coûter plusieurs milliers d’euros aux chercheurs. Ce modèle comporte de ce fait des inconvénients car il est réservé aux laboratoires qui en ont les moyens. Sans compter les effets pervers d’un système qui risque d’encourager des publications à seule fin de rendre une revue rentable…

 

CNRS hebdo : Comment se situe le COMETS dans un tel contexte ?

M.L. : Nous étudions dans cet avis les avantages et les inconvénients des deux grandes solutions, publication « traditionnelle » et en « open access gold », auxquelles il faut ajouter une troisième voie que j’appellerais : « du bon usage des archives ouvertes ».

Un auteur scientifique peut en effet déposer son texte dans les archives ouvertes avant et même, dans certains cas, après publication, si l’éditeur le permet. Cela n’empêche nullement l’éditeur de faire son travail (organisation du peer review, archivage, etc.).

Cette solution garantit une forme de libre accès à tous. Or, le CNRS pilote, via HAL, un système d’archives ouvertes depuis 2002.

 

CNRS hebdo : Est-ce la solution que vous préconisez ?

M.L. : Nous encourageons vivement le dépôt des publications et des thèses sur HAL. Nous souhaitons que les chercheurs fassent un meilleur usage de ces dépôts. Toutes les disciplines devraient y avoir recours, alors qu’actuellement le taux de dépôt est très inégal selon les domaines scientifiques.
Surtout, nous préconisons la création d’un comité éditorial scientifique à la tête de HAL. Ce comité orienterait et suivrait les dépôts.

Concernant le dossier de l’édition scientifique, notre souhait est que le CNRS provoque une rencontre entre tous les acteurs – chercheurs, universités, éditeurs et bibliothèques scientifiques – à l’instar de ce qui a été réalisé en Grande-Bretagne, afin d’initier une réflexion autour de cet enjeu fondamental pour la recherche.

 

Pour plus d’informations

Le site du Comité d’éthique du CNRS