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Sommet mondial Creative Commons 2015 – Travaux en session

Ce troisième et dernier article relatif au sommet mondial CC synthétise les travaux en session.

Primavera De Filippi de CC France a présenté la technologie du blockchain et l’expérience pilote qu’a lancé CC France en coopération avec ASCRIBE. Elle a expliqué les motivations sous-jacentes de ce pilote, qui vise à fournir aux auteurs et artistes la possibilité d’enregistrer leurs œuvres sur une base de données publique et décentralisée (le blockchain) afin de permettre à quiconque de vérifier les conditions sous lesquelles ces œuvres ont été mises à disposition du public. Mais ASCRIBE ne se limite pas à l’enregistrement des informations (bibliographiques et juridiques) concernant les œuvres de l’esprit. Grâce à un algorithme sophistiqué de machine learning, ASCRIBE permet aussi aux auteurs de tracer les utilisations qui sont faites de chacune de leurs œuvres, en allant rechercher sur le web toutes les images ou vidéos qui sont identiques ou semblables à une œuvre donnée, afin de produire une mappe détaillée des toutes les utilisations que cette œuvre a subi, dans un format original ou dérivé.
Primavera a ensuite étendu son discours sur les autres opportunités fournies par les technologies blockchain, en se concentrant notamment sur la possibilité d’utiliser ces nouvelles technologies afin de créer un registre décentralisé pour enregistrer les œuvres du domaine public —une sorte de Public Domain Mark sécurisé et authentifié. Le blockchain peut en effet être utilisé par les institutions culturelles (GLAM) pour l’émission de certificats numériques qui peuvent servir à certifier qu’une œuvre est effectivement entrée dans le domaine public dans une juridiction donnée. Afin, Primavera a exploré les nouveaux modèles économiques qui peuvent être élaborée grâce à ces nouvelles technologies, en particulier pour ce qui en est de la possibilité d’effectuer des micro-transactions ou micro-donations, sans devoir passer par aucun intermédiaire (financier ou autre). Pour terminer, elle présenté le cas d’Imogen Heap, dont le dernier single a été publié sur une plateforme blockchain (Ethereum) afin de permettre à ses fans non seulement d’envoyer des donations de manière directe et automatisée, mais aussi d’enregistrer leurs remix ou autres œuvres dérivées sur cette même plateforme. Le but est pour les auteurs d’œuvres dérivées de bénéficier du même système de donations, tout en s’assurant qu’une portion de leur rémunération soit automatiquement relayée à la source, pour rémunérer Imogen Heap a postieriori de la création de l’œuvre originale.

Deux sessions ont eu pour thème les Open Educative Ressources (OER). La notion de certification de formation, soutenue par CC France (qui prépare actuellement des cycles de formation pour le Ministère de la culture et de la communication) a été expliquée par Cable Green lors d’un meeting particulier. Il s’agit d’instaurer un système de formation pour « former les formateurs » qui va permettre aux chapitres de Creative Commons de limiter leurs efforts de formation, en se concentrant uniquement sur la formation d’individus clefs, qui vont pouvoir prendre en charge la formation de nombreux autres individus sans devoir à chaque fois repasser par Creative Commons. Il a notamment été discuté de la possibilité pour CC France d’utiliser ce système de certification afin de former les acteurs de l’écosystème numérique et France et à l’étranger, et notamment dans les pays francophones qui commencent tout juste à s’intéresser aux potentiels fournis par les licences de type Creative Commons, mais qui ne possède pas à l’heure actuelle de l’expertise nécessaire pour pouvoir bénéficier de ces atouts.

Une session a été organisée sur les difficultés et défis liés à la traduction des licences 4.0 dans les différentes langues. Rappelons que la traduction était une transposition dans les différents systèmes juridiques pour les licences précédentes. Quatre exemples ont été discutés pour montrer les différents types de difficultés rencontrés: en Amérique latine (l’Espagnol couvre 25 pays parlant cette langue), en Afrique (où 200 langues coexistent), en Europe (l’exemple de l’Ukrainien devait montrer que le travail aurait pu se faire plus rapidement mais il a été retardé par les problèmes géopolitiques que l’on connaît) ; en Asie ( quatre Chapitres CC parlent chinois mais il existe deux alphabets, l’un ancien parlé par Hong Kong par exemple, et l’autre simplifié sous le règne de Mao dans China Mainland) ; le monde arabe qui parle la même langue mais a beaucoup de dialectes (la marque Creative Commons a exceptionnellement été traduite en langue arabe pour montrer la spécificité de la culture concernée, par rapport à sa langue…).

Une session sur un sujet peu évoqué dans le processus de partage en ligne est la concordance entre les termes des licences CC et les conditions générales d’utilisation (CGU) des plateformes. Deux des problèmes majeurs sont l’interdiction totale de l’utilisation de licence libre (par exemple google + ou twitter) et des restrictions contradictoires avec les licences CC. D’autres problématiques ont été soulevées comme le changement fréquent des CGU, la conversion des fichiers par la plateforme fournissant une copie et cachant l’original et les restrictions imposées lors du téléchargement.

Enfin lors de la session sur l’open business, l’équipe de CC Portugal a présenté un projet de création d’une boite à outils sur CC à destination des entreprises. Les avantages mis en avant de l’utilisation de CC dans les organisations commerciales sont la suppression des incertitudes légales, la diminution des couts de transaction, de production et de marketing et l’augmentation de l’innovation.
Sebastiaan ter Burg membre de Circular Content a décrit cette organisation qui a pour objet de fournir des connaissances pratiques à destination des producteurs et utilisateurs de contenus libres. Il a souligné que le droit d’auteur n’était que le socle des droits applicables lors du partage d’une oeuvre. Il faut également prendre en compte le droit à l’image, la marque, les droits moraux et voisins.
Hee-sung Do CEO de WanTreez Music a présenté une plateforme de musique coréenne et Nuna Silva une plateforme de photographie de haute qualité qui fournit des exemples de modèles économiques basés sur le livre.